L’ HISTOIRE des BARBOUZES

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Quelques livres ont été écrits par les responsables "barbouzes" :

- "BARBOUZE du GENERAL" par Pierre Lemarchand. Résistant, il a été arrêté par les parachutistes Allemands qui décimèrent son maquis et échappa de justesse à une exécution sommaire. Interné à Fresnes en attente d’une déportation en Allemagne, il est libéré par les Alliés. Il s’engage aussitôt dans la 1ère armée, au sein de laquelle il participe à la campagne d’Allemagne. Gaulliste, Pierre Lemarchand fait partie des fondateurs du RPF, en qualité de responsable du service d’ordre. Rappelé volontaire en Algérie en 1956, il participe à la création des « commandos noirs » du colonel Barberot sous le commandement du général de Bollardière. En 1961, Lucien BITTERLIN et Dominique PONCHARDIER lui demandent de prendre la direction des "BARBOUZES" engagées dans la lutte anti-OAS.


- "1000 JOURS à MATIGNON", par Constantin MELNIK, membre du cabinet de Michel DEBRE qui lui confie la liaison avec les "barbouzes". MELNIK aura lui même son commando "barbouze" ce qui lui permettra en autre de faire une provocation politique en faisant sauter une camionette piégée à l’intérieur du Quai d’Orsay (1 mort, plusieurs blessés) sur ordre de Michel DEBRE.


La nébuleuse "BARBOUZE" en Algérie se composait :

- du réseau MPC
- de la Force "C"
- de la SM (Sécurité Militaire)
- de certaines unités de gendarmes mobiles
- de la BDL, en métropole, qui coordonnait les services de polices et quelques réseaux "barbouzes"

et accessoirement :

- Le SAC (Service d’Action Civique)
- L’OCC (Organisation Clandestine du Contingent)
- Le GAR (Groupe d’Action et de Résistance)
- L’Union Générale des Travailleurs Algériens
- Le Parti Communiste Algérien (PCA)

A la tête de cette nébuleuse :


- FOCCART Jacques, l’éminence grise
- FREY Roger, ministre de l’intérieur
- SANGUINETTI Alexandre, adjoint de FREY
- MORIN Jean, délégué Général en Algérie
- LEMARCHAND Pierre (avocat) et Mme
- MELNIK Constantin, du cabinet de Michel DEBRE
- LE TAC Yves et Joel



Le MPC



- Jacques Dauer fut le président fondateur du MPC (Mouvement Pour la Communauté) fondée le 9 juillet 1959 avec pour objectif de créer une 3ème force en Algérie entre le FLN et les partisans de l’Algérie Française. Ce gaulliste de gauche, inconditionnel de De Gaulle fut rapidement débordé par la section algérienne qui changera de nom sous l’impulsion de
LEMARCHAND et d’Yves LE TAC le 15 octobre 1961 pour devenir le "Mouvement Pour la Coopération". On y trouvera les personnages suivants :

- DAUER Jacques (Président fondateur).
- SCHMITLEIN Raymond (Vice Président, président du groupe UNR).
- BITTERLIN Lucien (Responsable de l’antenne Algéroise).
- DUBUQUOY Jean (Responsable "administratif" de l’antenne algéroise).
- PONCHARDIER Dominique (frère de l’amiral)


- ANDRE (colonel de la SM, dit "LAURENT")
- ANDREI Jacques (commando "TALION")
- ALCHEIK Jim dit "LASSUS" (commando "TALION")
- AMAR ? (père)
- AMAR ? (fils)
- ATTIA Jo, délinquant notoire
- BADIN
- BELAICH Alain (juif d’AFN)
- BENHOURA Youssef
- BENHOURA Nouar
- BIARD (en provenance du SAC)
- BONARDI Charly
- BUI THE Roger (spécialiste judo etc, commando "TALION")
- CLAUSURE (en provenance du SAC)
- COHEN Jacques dit "MUSTAPHA"
- DAVID Christian, agent du SDECE qui assassinera le commissaire Gallibert).
- DE ROCHEFORT, adjoint à Jean MORIN au Rocher Noir(oeil de Michel DEBRE)
- DESPINOY Jacques (alias colonel FOYER)
- DIRAND Michel
- DUFOUR Jean alias "père PEYSSON"
- FRANCISI Marcel, du "milieu" marseillais
- FRANCK (chef de one à Alger)
- GAUTHIER (en provenance du SAC)
- GAUTRAY (commissaire)
- GENTGEN René (colonel en retraite).
- GITS Guy (responsable BARBOUZE d’Orléansville)
- GLAISE, secrétaire FO Marseille
- GOULAY André (président CSP de l’ARBA le 13 mai 1958)
- HONGROIS Marcel, responsable MPC d’Ain TAYA
- HORTENZI (chef de zone à Alger)
- JEUNET Henri (conseiller général d’Alger, gaulliste socialiste).
- LAVIER Robert (chef de zone à Alger)
- LAVOIER (chef de zone à Alger)
- LECERF Pierre (chef de zone à Alger)
- LEMARCHAND (madame)
- LOBIANCO Ettoré dit "Mario"
- MARCANTONI François (affaire BEN BARKA)
- MASSON Frank
- MAUGUERET Gérard
- MEUNIER Raymond dit "Raymond la Science", délinquant notoire libéré
- NIVOS (commissaire)
- PASANI, a réussi à s’infiltré dans l’OAS
- PELLETIER (chef de zone à Alger)
- PALACIO André, infiltré dans l’OAS, tué lorsqu’il a été découvert
- PISANO Marcel
- PORTE (envoyé par FOCCART, assassiné 3 jours après son arrivée)
- QUETEL Gaston
- OURABAH Mohan (préfet d’Orléansville)
- RANSON (lieutenant colonel 2ème bureau ORAN)
- RAYBOIS Claude (secrétaire de l’Association de soutien au général De Gaulle).
- ROSSELLO Barthélémy, infiltré dan l’OAS, tué lorsqu’il a été découvert
- SIMON Fred (représentant parisien du MPC)
- SIMONPIERI Ange, du "milieu" Marseillais
- SUNGSUNG, un vietnamien portant une carte de police numéro 804
- TOUITOU Joseph (juif d’AFN)
- VERGER Louis (adjoint de Jean MORIN)
- VIEILLARD Claude
- VIEILLECAZES Claude (adjoint de Jean MORIN)
- VIORME (commando "TALION")
- VENTURI Dominique dit "NICK", du "milieu" marseillais
- ZEMMOUR Gérard


- Fin de l’été 1961, réunion Louis JOXE avec Jacques DAUER, Raymond SCHMITTLEIN et Lucien BITTERLIN afin de mettre en oeuvre la 3ème force en Algérie entre le FLN et l’OAS.

- Octobre 1961, au cabinet de l’avocat maître LEMARCHAND à PARIS, sont mises en place les nouvelles orientations concernant la lutte contre l’OAS. Sont présents : Roger FREY, Alexandre SANGUINETTI, Lucien BITTERLIN, André GOULAY et Fred SIMON.

- 2 novembre 1961, Réunion importante au Rocher Noir à coté d’ALGER : Jean MORIN, André GOULAY, Louis VERGER, Claude VIEILLECAZES). Jean Morin écoute ses interlocuteurs et donne son accord "pour un essai d’un mois dans les départements
d’Alger et d’Orléansville". Il débloquera par la suite un budget de 60 millions d’anciens francs et autorisera le recrutement d’une centaine de personnes.


- Mi Novembre, 9000 affiches imprimées en France par Jacques DAUER arrivent à El-Biar. Elles ont comme thèmes, Paix en Algérie, autodétermination, la coopération,...
- 

- 10 janvier 1962, Dominique PONCHARDIER (frère de l’amiral PONCHARDIER et ami de Roger FREY) prend en main le MPC.

- L’intendance : le colonel ANDRE dit "LAURENT" de la SM (Sécurité Militaire) fournit au MPC : des armes pris au FLN, des explosifs, une trentaine de véhicules et des faux papiers en tous genres (ordres de mission signés du colonel RIVIERE
grand patron de la SM qui seront plus tard signés du nom d’un personnage imaginaire). Les autres documents officiels (laisser passer, permis de port d’armes .. .) furent assurés par la délégation du gouvernement (MORIN et VERGER). La SEDA
(Société Européenne de Diffusion en Afrique) est chargée entre autres, d’assurer la paye des barbouzes. Et pour finir ce tableau il y a le pécule de 60 millions d’anciens francs débloqués par Jean MORIN.

- Très vite, le MPC dispose de cinquante permanents auxquels s’ajoutent les chauffeurs et gardes du corps algériens fournis par le cheikh ZEKIRI, avec ou sans l’accord officiel du FLN. Le FLN, par l’intermédiaire de Smail MADANI, Alilat LARBI et
Chawki ABDELHAMID, fournira aux barbouzes (BITTERLIN) et à la FORCE "C" de nombreux renseignement sur l’OAS. C’est par les enlèvements, suivis d’interrogatoires, que les barbouzes obtiendront des renseignements qui leur permettront
de démanteler des réseaux clandestins. Ces activités seront spectaculaires mais non décisives.

- ALGER est quadrillé par LAVIER, DUBUQUOY, LECERF, GOULAY, PELLETIER, LAVOIER, FRANCK, HORTENZI

- ORLEANSVILLE, Guy GITS est le responsable et travaillera étroitement avec le préfet Mohand
OURABAH. Il aura deux chefs de secteur, huit responsables et vingt huit militants. Leur
groupe de choc était constitué de six baroudeurs.

- A Oran, ils étaient basés au "Chateau Neuf", QG du lieutenant-colonel RANSON, chef du 2e bureau
qui fut executé par l’OAS et au collège Ali Chekkal protégés par les gendarmes.

- Suite à la riposte de l’OAS qui entreprit la traque des Barbouzes GOULAY et LECERF demandent des
renforts à Paris. Dominique PONCHARDIER s’occupe de ce nouveau recrutement que l’on qualifiera de "peu recommandable" et madame LEMARCHAND transférera les nouveaux "colis" pour lesquels elle souscrira des assurances vie. C’est ainsi que le 6 décembre 1961 arrivent à Alger le père Peysson (Jean Dufour), Claude VIEILLARD, Jacques ANDREI, Marcel PISANO, huit judokas, quatre juifs d’AFN dont Joseph TOUITOU, Alain BELAICHE, deux musulmans, le père et le fils AMAR, quatre vietnamiens commandés par Jim ALCHEIK dit " Lassus", VIORME, Roger BUI-THE. Tous spécialistes de sports de combats, ils formeront le commando "TALION". Arrive aussi le "milieu Marseillais" : MARCANTONI, garde du corps d’Alexandre Sanguinetti et truand notoire, Ange SIMONPIERI, Marcel FRANCISCI, Dominique VENTURI dit "Nick", GLAISE (secrétaire à FO Marseille). Ils seront logés à la villa ANDREA.



LA FORCE "C"


- Le commissaire GRASSIEN, sous-directeur de la PJ d’Alger au printemps 1961, a sous ses ordres une quinzaine de policiers métropolitains. Elle perdra l’inspecteur JOUBERT (abattu) et quittera l’Algérie le 9 novembre 1961. Il sera remplacé par le
commissaire GUEPRATTE.

- 26 Novembre 1961, création de la FORCE "C" (décision de Roger FREY) commandée par Michel HACQ, alias professeur HERMELIN.
Cette force anti-OAS comporte 200 inspecteurs de la PJ (110 policiers à Alger, 60 à Oran, 30 à Constantine plus 30 gendarmes)

- Nommé le 26 novembre 1961 à la tête de l’ensemble de la MISSION "C", Michel HACQ s’envole pour Alger avec Jacques Dauer et l’ancien champion de tennis Robert ABDESSELAM, devenu député. A un rang devant eux, Lucien BODARD, reporter et qui avait été averti de cette mission, capte le maximum de bribes de la conversation des trois hommes. Le soir même, dans sa chambre de l’Aletti, Lucien BODARD tape à la machine le papier construit dans l’avion, où apparaît le mot "BARBOUZE". En voici quelques passages : "La force de choc sera indépendante ...
les nouvelles formations anti-OAS ne feront partie d’aucune hiérarchie classique. Ce seront des organismes autonomes, sans sujétion à l’égard des autorités normales, agissant par leurs propres moyens et ne dépendant que des instances les plus
hautes. Ils agissent en dehors de l’armée et de la police...."

- L’inspecteur René CHAZOTTE, alias "Renato HERNANDEZ", assurera les contacts avec le MPC.

- Extrait de la déclaration de Mr LEMARCHAND à sa déposition devant la commission chargée de faire la lumière sur le SAC :
- "Le Président : Et les 200 policiers de la mission C ?
- "LEMARCHAND : Ils jouaient aux cartes dans leur chambre, vous le savez bien. Il y en avait dix d’efficaces, c’est tout."


LA SECURITE MILITAIRE (SM)


- La Sécurité Militaire dont le chef à PARIS est Charles FEUVRIER, Gaulliste inconditionnel, est chargée de traquer les chefs de l’OAS . A Alger, le responsable est le colonel ANDRE, dit "LAURENT" et à ORAN c’est le colonel RANSON (qui sera tué par l’OAS).

- Elle n’est pas plus "regardante" que la police sur le recrutement. Sa recrue phare est un certain Jean AUGE, un second couteau de la Résistance devenu caïd du milieu lyonnais". "Petit Jeannot" reçoit l’ordre d’abattre à Alger deux agents du
SDECE accusés de "trahison". Plus tard, en 1965, le colonel ANDRE devra reconnaître avoir utilisé le savoir-faire d’AUGE "en diverses circonstances", sans plus de détails. AUGE est mort le 15 juin 1973, abattu au cours d’un règlement de comptes
de nature indéterminée.



LA GENDARMERIE MOBILE



- Son chef, le colonel DEBROSSE, vouait une haine sans bornes aux Pieds-Noirs depuis l’affaire des barricades. La caserne située aux " Tagarins " sur les hauteurs d’Alger sera un lieu d’épouvante où séjourneront tous ceux que les tortures "ordinaires" n’avaient pu faire parler.

- Il avait entre autres sous ses ordres le peloton du capitaine LACOSTE qui luttait antérieurement contre le FLN. Une quinzaine d’hommes qui avaient pour mission principale d’arrêter le général Salan.

- la torture contre les partisans de l’Algérie Française ne fut pas une spécialité unique des barbouzes : Les gendarmes du colonel DEBROSSE, les gardes mobiles de l’école de Police d’Hussein Dey et les policiers de la mission " C " dans la
fameuse caserne des " Tagarins " se sont également rendus coupables de crimes contre l’humanité.


5- LA BDL (lutte anti OAS en métropole)



- En métropole, le Bureau de Liaison (BDL) est créé en décembre 1961 pour coordonner l’action des policiers issus de la DST, des Renseignements Généraux (RG) et de la SM. Son patron : Alexandre SANGUINETTI, les opérationnels du BDL étant les commissaires BOUHE LAHORGUE, DURANTON, GUEPRATTE, CABANNE, HARSTRISCH et PARAT.

- La principale tâche d’Alexandre Sanguinetti, c’est la lutte contre l’OAS. Il y gagnera le surnom de "Monsieur anti-OAS".

- A noter le discours tenu par Alexandre SANGUINETTI et le colonel BOURGOIN le 7 juillet 1957 au monuments aux morts d’ALGER
"Deux millions d’anciens combattants de la métropole font par notre voix, française, le serment de s’opposer par tous les moyens à toutes mesures qui menaceraient l’intégrité du territoire et l’unité française".

- Constantin MELNIK assurera la liaison entre le premier ministre Michel DEBRE et Michal HACQ, Alexandre SANGUINETTI, le colonel LAURENT (2e Bureau), M. de ROCHEFORT (le Rocher Noir).

- La lutte sur le terrain contre l’OAS en métropole a été menée par PONCHARDIER, en liaison avec les policiers, Jean CAILLE à la Préfecture de Police et M. Honoré GEVAUDAN à la Sûreté nationale.


Le S.A.C


- Le SAC a été crée le 15 décembre 1959, sous le couvert d’une association du type "loi de 1901", déclarée à la Préfecture de police le 4 janvier 1960 (N°34511). Ses créateurs : Jacques FOCCART, Roger FREY, Jean BOZZI, Dominique PONCHARDIER, Paul COMITI, Alexandre SANGUINETTI et Charles PASQUA (qui dément ...). C’est un prolongement du service
d’ordre du RPF créé le 7 avril 1947 dont le responsable était Dominique PONCHARDIER.
L ’article 2 de ses statuts indique : " Cette association a pour but de rassembler toutes les personnes désireuses de soutenir l’action du Général De Gaulle.... à cet effet, l’association mènera une action civique, culturelle et sociale,
en dehors de toute action politique ". Le premier Président en fût Pierre DEBIZET qui se trouva vite en désaccord avec la politique algérienne de De Gaulle et démissionnera en 1960.

- Dès 1958, Roger Frey, Alexandre SANGUINETTI, Dominique PONCHARDIER et Charles PASQUA décident de
lancer le SAC dans la lutte contre le FLN dont la willaya métropolitaine accumulait les actes de terrorisme. Pour cette tâche ils recruteront dans le "milieu".

- L’activité anti FLN du Service d’Action Civique ne dure guère en effet qu’une vingtaine de mois,
à la suite desquels, la politique du pouvoir ayant changé, il faut lever de nouvelles troupes pour lutter contre une nouvelle subversion : l’OAS. Les mêmes hommes, recrutés dans les mêmes bas-fonds, sont réutilisés et les fonds secrets vaincront les réticences.

- le SAC semble n’avoir pas jouer de rôle très actif dans la lutte contre l’OAS de 1960 à 1962. Les quelques actions qui lui sont imputables l’ont été par "francs tireurs". Voici des extraits de la déclaration de Pierre LEMARCHAND devant la
commission d’enquète diligentée sur le SAC après la tuerie d’AURIOL :

- M. LEMARCHAND : "Il y a eu des tentatives d’implantation en Algérie faites directement par M. FOCCART qui avait notamment envoyé en Algérie, PORTE, compagnon de la Libération, assassiné trois jours après son arrivée. Mais je peux vous garantir
qu’en Algérie le SAC n’a jamais eu d’activité. Je ne veux pas dire du mal du SAC, ses membres ont été mes compagnons de lutte politique, mais jamais, jamais, en quelque façon que ce soit, il n’a participé à la lutte contre l’OAS, en Algérie.
Et personnellement, je n’ai jamais eu d’activités en Métropole. Il y a eu une association politique qui a essayé de faire en Métropole ce que nous avons fait en Algérie avec le MPC : l’association pour le soutien du Général de Gaulle, avec PERNOT.
C’est tout simple. En 1958-1959, le SAC était animé par M. DEBIZET qui, après le discours du Général sur l’autodétermination, s’est dressé contre lui allant jusqu’à écrire dans un tract diffusé aux adhérents du SAC que le Général finirait dans les
fossés de Vincennes. C’est à partir de ce moment-là qu’on a rejoint le MPC".

- Le SAC participera activement en 1963 à l’enlèvement du colonel ARGOUD, à l’hôtel Eden-Wolf de Munich, à l’affaire BEN BARKA et au scandale MARKOVITCH.

- Le SAC a été dissout par une ordonnance du Conseil des Ministres, le 3 août 1982, à la suite de la tuerie d’Auriol. (Un des responsables de l’organisation, l’inspecteur MASSIE, sa femme, ses enfants et d’autres membres de sa famille ont été
sauvagement massacrés par un commando du SAC.)



LES HOSTILITES



- Le FAF, ancêtre de l’OAS, est dissous en décembre 1960

- L’OAS est crée officiellement le 10 février 1961 suite à une réunion en ESPAGNE entre SALAN et LAGAILLARDE.

- 31 Mars 1961, bombe OAS au domicile du Maire d’EVIAN, qui est tué.

- 22 Avril 1961, le Putsch d’ALGER. SALAN et JOUHAUD entrent en clandestinité et se répartissent les zones d’action.

- 19 Mai 1961, 19 plasticages à ALGER.

- 31 Mai 1961, assassinat par l’OAS du commissaire GAVOURY à Alger.

- 5 Aout 1961, 1ère émission pirate télévisée de l’OAS, 21 Aout 1961, 1ère édition pirate de journaux par l’OAS.

- Dès sa naissance, l’OAS est infiltrée par les dénommés Barthélémy Rossello, André Palaccio et PASANI, qui ont le temps de faire des dégâts avant d’être démasqués et abattus.

- 7 Septembre 1961, arrestation de Maurice GINGEMBRE par le colonel DEBROSSE. La saisie de multiples documents entraine l’arrestation du colonel DE BLIGNERES, des généraux VANUXEM et CREVECOEUR, etc....

- 8 Septembre 1961, attentat manqué de l’OAS à Pont sur Seine contre De GAULLE.

- 22 Septembre 1961, première grande soirée de concert "casseroles" à Alger.

- 30 Septembre 1961, assassinat à Alger par l’OAS du commissaire GOLDENBERG.

- 2 Octobre 1961, l’OAS "liquide" le "milieu" truand d’ALGER soupçonné de collaboration avec le MPC.

- 31 Octobre 1961, assassinat par l’OAS à Alger du commissaire PELLISSIER.

- 10 Novembre 1961, assassinat à Alger par l’OAS du commissaire JOUBERT.

- 12 Novembre 1961, un scout car de la gendarmerie mobile est attaqué par l’OAS rue Michelet en plein centre d’Alger : 4 gendarmes mobiles tués.


- Le 13 novembre 1961 à 0 heure le MPC déclenche les hostilités. Une centaine d’hommes sont lâchés dans la ville pour infiltrer les réseaux OAS et couvrir les murs d’affiches. S’ajoute une campagne d’intoxication des médias qui reproduisent et diffusent les communiqués du MPC incitant les Européens à se démarquer de l’OAS. L’action politique et psychologique se transforme en activités de renseignements et action sur le terrain.

- 20 Novembre 1961, l’OAS assassine à Alger LEVY William, dirigeant SFIO.

- 20 novembre nouvelle tactique des barbouzes : le plasticage d’endroits fréquentés par les européens en faisant croire que c’est l’OAS qui a frappé, afin de désorienter la population Française.
"RAYMOND LA SCIENCE" est à la base de ces attentats à l’explosif. Il a une double vie car il renseigne également l’OAS. Il restera actif longtemps.
Du 20 au 21 novembre 1961, cinq commandos en voiture font sauter l’Otomatic, le Tantonville et
le Cheval Blanc. Deux jours plus tard, le Joinville, le Coq Hardi et le Viaduc sautent à leur tour. Dégâts considérables, surtout sur le plan psychologique. Tous ces établissements étaient très fréquentés par les Européens.

- 22 Novembre, nuit bleue à Paris : 22 plasticages par l’OAS.

- 6 Décembre 1961, le Conseil des Ministres dissout l’OAS.

- Le 11 décembre 1960, à l’occasion du séjour du général De Gaulle en Algérie éclatent à Alger de violentes manifestations de musulmans qui feront 61 morts dont 6 européens égorgés. C’est la première manifestation de masse de ce type en ville.
Le MPC était derrière ce soulèvement et a conseillé aux musulmans de crier le nom du chef de l’Etat.

- 12 décembre 1961, première opération d’envergure menée par les commandos Deltas. Une villa située à La Redoute, rue Séverine, où habitent des responsables "barbouzes", BITTERLIN, GOULAY et autres... est attaquée.

- 13 décembre 61, villa B. Un Européen qui semble un peu trop curieux est happé sans ménagements
à l’intérieur. Un agent de BITTERLIN, un musulman surnommé Nasser, croit reconnaître le passant ;
il dit à BITTERLIN : "C’est un technicien de la SN Repal et de l’OAS. Il doit connaître ceux qui
ont tiré sur vous l’autre jour". Appelé par BITTERLIN le colonel LAURENT ordonne de "faire parler" le prisonnier. Trop heureux, Jim ALCHEIK et ses Vietnamiens se mettent au travail . Torturé,
l’homme finit par donner les noms de deux collègues partisans de l’OAS. Le lendemain, deux barbouzes
partent en expédition et ramènent les deux techniciens du pétrole. "Traités" par les bourreaux, ils passent aux "aveux". Déception : ils ne savent manifestement pas grand-chose, n’étant dans l’organisation secrète que des sous-ordres. Ils seront "débarrassés" vivants dans El Biar.

- Fernand LOPEZ, agent immobilier, est ensuite kidnappé pour les mêmes raisons.

- 14 Décembre 1961, l’OAS fait sauter dans le port d’Alger le navire qui servait de relais radio aux Autorités.

- 16 Décembre 1961, le colonel RANSON, chef de la Sécurité Militaire (2ème bureau) à ORAN est tué pour sa collusion avec les "barbouzes".

- Le 22 décembre Claude VEILLARD, "barbouze et gorille" du vice président du conseil général d’Alger fait sauter le restaurant " Le grand Rocher " repaire de l’OAS. Douze morts sont ramassés dans les décombres.

- Le 24 décembre au soir, quatre Vietnamiens enlevaient, square Bresson, Paul SINTES, le fils du
patron du Café des Consulats et sa fiancée Angèle. Leurs corps seront retrouvés par les gendarmes sur la plage de Castiglione. Le visage de Paul SINTES était méconnaissable, la bouche n’était qu’un
immense trou béant, une partie de son corps avait été dévoré par les crevettes. Ses mains n’étaient
plus que deux moignons. Tués tous deux d’une balle dans la nuque, la jeune fille elle, a été violée et empalée ; elle a eu les ongles arrachés et la pointe des seins coupée au rasoir...".Ils avaient tous deux vingt ans.

- Le 29 décembre 1961, DAUER donne l’ordre à BITTERLIN de suspendre les activités du MPC. Refus de MORIN et BITTERLIN. DAUER dissoudra alors le MPC mais les responsables d’ALGER n’en tiendront pas compte.

- Nuit du 30 au 31 décembre 1961, Marcel HONGROIS dynamite un café rendez vous de l’OAS et des domiciles de ses représentants.

- 31 décembre 1961, attaque au bazooka du repaire "barbouzes" de la rue Faidherbe par six commandos deltas. Après le décrochage des deltas, le sous brigadier François PAOLI est tué par les "barbouzes" qui le confondent avec un renfort OAS. Quatorze morts et deux blessés coté barbouzes qui ne déclareront qu’un seul blessé.

- 1er janvier 1962 Michel MASSENET, adjoint de Degueldre, est tué à main nu par un vietnamien.

- 3 Janvier 1962, accrochage meurtrier entre le FLN et l’OAS à ORAN : 19 morts.

- 4 Janvier 1962, attaque du siège du parti communiste à Paris par l’OAS.

- 8 Janvier 1962, le colonel CHATEAU JOBERT prend le commandement de la zone OAS Constantinoise.

- 12 janvier 1962 Michel LIEVIN des commandos delta est capturé puis torturé par les vietnamiens
d’ALCHEIK. Il sera mis dans un tel état que la "MISSON C" lui fera signer une décharge avant de l’incarcérer.

- 18 Janvier 1962, nuit bleue à Paris : 17 plasticages OAS.

- 19 Janvier 1962, l’OAS élimine 2 de ses membres importants qui étaient entrés en contact avec
"l’ennemi" en vue de créer un partionnement de l’Algérie.

- 22 Janvier 1962, plasticage du QUAI d’ORSAY par l’OAS à Paris.

- Le 23 janvier 1962 nouvelle mission ordonnée par le ministre de l’intérieur : Détruire l’émetteur pirate de l’OAS Alger. José SALORD est enlevé et torturé ainsi que Albert CORONAL qui sera supplicié pendant plusieurs heures.

- Le 24 janvier 1962, les barbouzes enlèvent pour l’interroger (ou pour faire du chantage sur son père) le fils du commandant des territoriaux des barricades, SAPIN-LIGNERE.

- Le 26 janvier 1962, des troupes de l’armée française lors d’un accrochage avec l’ALN font prisonnier un homme dont l’armement était d’origine française avait été "donné" par Marcel HONGROIS, le responsable du MPC d’Aïn Taya.


- Le 27 janvier 1962 Henri VINENT est capturé et atrocement torturé dans la cave de la villa
"Andréa". Le chef des tortionnaires est un vietnamien, répondant au nom de "SUNGSUNG". Il porte une carte de la Sûreté Nationale numéro 804. Témoignage Henri VINENT : "Arrêté le 27 janvier 1962 vers 20h30, j’ai été emmené à El Biar par les barbouzes. Ils m’ont descendu au fond d’une cave et
m’ont d’abord frappé sans me poser des questions pendant plusieurs minutes. A la suite des coups et
des étranglements subis, je me suis évanoui. Ils m’ont réveillé à l’électricité. Ils m’ont déclaré
qu’ils savaient que je participais aux émissions pirates, et que j’étais depuis deux jours sous
leur surveillance. Ils m’ont à nouveau torturé, puis menacé un couteau sous la paupière, de
m’arracher un œil si je ne parlais pas.... ALCHEIK dirigeait les interrogatoires... on m’a attaché par
des menottes à un radiateur de chauffage central et j’ai subi d’autres tortures physiques et
morales... ALCHEIK m’a déclaré : "Nous pouvons vous tuer, personne ne nous en demandera compte. Nous
dépendons directement de la Présidence du Conseil "... J’ai été délivré par l’explosion de la villa... Le grand patron est arrivé c’était LEMARCHAND, c’est lui qui décida le repli vers le Rocher Noir... ". Remis à la Police légale de Hussein Dey il fut examiné par les médecins Henri de Jolinière et Maurice BOURHY qui constatèrent et certifièrent les tortures subies. Plainte fut déposée à Alger le 2 février 1962, puis à Paris à la prison de la Santé. ELLE N’ABOUTIRENT JAMAIS.

- 28 Janvier 1962, Alexandre TISLENKOFF, technicien radio des émissions pirates est à son tour
kidnappé. Il est torturé vingt quatre heures durant. Malgré ces traitements inhumains, TISLENKOFF résiste à ses bourreaux durant vingt-quatre heures. On lui arrache les ongles, puis un œil.. Il a été sauvé après l’explosion de la villa Andrea. Il est décédé en France d’un arret cardiaque bien des années plus tard. Un de ses collaborateurs est également intercepté. Il sera achevé d’une balle dans la nuque et enterré dans le jardin. La plainte déposée contre Pierre LEMARCHAND par TISLENKOFF, le 17 février 1966 n’aboutit pas plus même si une enquête fut ordonnée. Il a écrit en 1966 un livre intitulé "j’accuse LEMARCHAND" qui n’a jamais recu l’autorisation de publication.

- C’est ensuite le tour de M. QUIDET, le propriétaire du studio de TISLENKOFF. Allongé sur le sol, la tête recouverte d’une cagoule maculée de sang, un " spécialiste " vietnamien le travaille
au corps par des prises extrêmement douloureuses tandis que SUZUKI lui brûle la plante des pieds.
M. QUIDET ne dit rien parce qu’il ne sait rien. A ses protestations d’innocence, une des barbouzes
à LEMARCHAND lui répond : " Ici, j’ai tous les droits. Nous dépendons directement de la Présidence
du Conseil. Nous nous foutons éperdument de la police légale ! De toute façon, elle est incapable
de faire son boulot ! et l’on nous a chargés de la suppléer plus efficacement...


- Puis c’est Jacques GOSSELIN chef de chantier à l’U.A.T.P. (Union Algérienne des Travaux Publics)
qui est arrêté le 29 janvier 1962 vers 8h et traîné à la villa. On le jette au sous-sol, et le
visage recouvert d’une cagoule, le passage à tabac commence. Comme il nie son appartenance à l’OAS,
on l’attache sur le fauteuil et on l’asperge avec le contenu d’un seau d’eau. Au moment où le
courant commence à passer, une explosion terrible retentit : la villa saute.

- 29 janvier 1962, des déménageurs BEDEL livrent deux caisses lourdes et volumineuses (262 kg)
La cargaison, très attendue, est accueillie avec joie il s’agit de tout un matériel de composition
et d’impression qui va permettre de enfin fabriquer tracts et affiches sans sous-traiter. La douane
assiter à l’ouverture ... doit assister à l’ouverture des caisses mais le temps passe ... Jim
ALCHEIK n’y tient plus. Impatient de devenir éditeur à part entière, il porte le fer entre deux
planches de sapin et imprime un délicat mouvement de bas en haut... Enorme explosion ; champignon
de fumée au-dessus des hauts d’Alger. 180 kilos d’explosifs plus quelques grenades défensives
détruisent la villa Andréa. Bilan : dix-neuf barbouzes calcinées. Parmi les rares survivants, trois prisonniers, dont deux membres de l’OAS, qui ont été torturés dans la cave et que l’arrivée de
l’imprimerie a sauvé de justesse. Il s’agit de Henri VINENT, aide-radio, d’Alexandre TISLENKOFF,
responsable ses émissions Pirates de l’OAS, et d’un chef de chantier Jacques GOSSELIN. Un commandant
de la gendarmerie mobile s’opposa à leur exécution sommaire par Christian DAVID "le beau serge".

- 7 Février 1962, le capitaine LE PIVAIN, de l’OAS, est tué par les gendarmes mobiles, probablement sur renseignements.

- 12 février 1962, des barbouzes s’installent à l’hôtel "RADJAH".

- 13 Février 1962, un commando Delta mitraille le nouveau repaire. Les barbouzes ripostent : quatre Deltas sont tués.

- 14 Février 1962, violents combats entre commandos OAS et Gendarmes Mobiles à Alger et Oran.


- le 15 février 1962, à partir de 6 h 30, Roger DEGUELDRE vient en personne et en force, avec half-tracks lance-roquettes et mitrailleuses. Nombreuses victimes parmi les "Barbouzes". Les blessés
"barbouzes" seront "attendus" aux abords de l’hopital maillot, mitraillés et achevés par la foule.

- 18 février 1962, deux pilotes OAS mitraillent et bombarde les camps FLN à OUJDA au MAROC avec des avions T6.

- 27 Février 1962, la caserne de la gendarmerie mobile de Maison Carrée est attaquée au bazooka par l’OAS. Les stocks d’essence et de munitions explosent.

- le 27 février 1962, des "barbouzes" dont plusieurs Vietnamiens, firent irruption dans les locaux
du service du personnel des Usines Berliet à Rouiba, brandissant des cartes de police (nous avons
vu que le MPC possédait des cartes de la Sûreté, périmées il est vrai). Ils emmenèrent l’ingénieur
PETITJEAN soupçonné à tort d’appartenance à l’OAS, qui sera torturé et retrouvé près d’Orléansville
coupé en morceaux. Reconnu peu après par des témoins, arrêté, l’un des assassins est relâché par
le procureur de la République, à cause d’une erreur de nom.

- PETITJEAN se retrouva visé, car aux yeux du FLN il passait pour un "élément dangereux". Un de ses
subordonnés, C..., était un adjoint de Si Azzedine à la Zone Autonome FLN d’Alger. Marié à une
française C.... fit surveiller Petitjean par son épouse, employée du Service Social de l’usine. Il
lui confia des filatures dans le quartier d’Hydra où son physique européen n’éveillait pas de
suspicion. C’est Mme C... qui servira d’agent de liaison entre le FLN et les "barbouzes" pour cette
affaire. Si Azzedine avait décidé de ne pas faire intervenir ses hommes aux usines Berliet et de
confier le cas PETITJEAN aux gens du TALION, alors abrités à l’hôtel RADJAH.
Si avare de détails en d’autres cas Si Azzedine en fournit des détails dans son livre
"et ALGER ne brûlat pas ..." pages 276 à 278. Il indique que c’est Mme C... elle-même qui conduisit
les "barbouzes" aux usines Berliet. Elle fut appelée ensuite par eux à l’hôtel RADJAH pour
l’interrogatoire du prisonnier, "en tant que témoin" précise-t-il. Voici décrite la scène à
laquelle elle assista : Il (Petitjean) est attaché à une chaise. Sur son front de l’acide coule
goutte à goutte d’une boîte de conserves suspendue au-dessus de sa tête. La confrontation a lieu.
Elle reprend mot pour mot la conversation surprise dans le bureau du directeur et les menaces
relatives à la solution définitive pour le personnel algérien. PETITJEAN nie. L’acide coule,
creusant d’atroces rigoles..."


- Une grève fut déclenchée par le Syndicat des Transporteurs pour obtenir la libération de
l’ingénieur. M. CAMATT directeur de l’usine multiplia les démarches. Sans succès. Un mois
plus tard, des petits bergers arabes jouant dans un terrain vague entre Orleansville et Charon
alertèrent la gendarmerie. Ils venaient de découvrir un sac en plastique contenant le corps d’un
homme découpé en morceaux. Les gendarmes venus sur les lieux, identifièrent la victime : Petitjean.
Ils firent un rapport et reçurent l’instruction de ne pas ébruiter l’affaire.
L’un des gendarmes ayant mené les investigations était un sympathisant de l’O.A.S. Il prévint les
amis qu’il avait dans l’Organisation et transmit des photos du corps supplicié. Une journaliste
de L’Echo d’Alger les reproduisit et constitua un dossier de presse qu’elle envoya à ses confrères
français et étrangers. La responsabilité des "barbouzes" fut mise en cause. L’affaire fit du bruit à Alger. En métropole, la plupart des journaux se contentèrent de petits entrefilets.
La Délégation Générale publia un communiqué où sans évoquer le cas PETITJEAN elle réaffirma qu’il
n’y avait pas de polices parallèles en Algérie. A l’époque où fut faite cette déclaration, aux
environs du 16 mars, ce n’était pas inexact, en ce sens que l’équipée du MPC était terminée et que
les survivants avaient été réexpédiés en France.
Autres confidence de SI AZZEDINE sur l’usine Berliet : "Aux usines Berliet régnait un climat de
tension dû aux événements. L’entreprise avait été implantée dans le cadre du Plan de Constantine,
et elle cotisait alors tant au FLN qu’à l’O.A.S. Ainsi, les directeurs des succursales d’Alger ,
Ouargla et Constantine circulaient librement sur le territoire algérien sans être inquiétés. Cette
situation irritait l’O.A.S. qui voyait dans cette unité de production, une adepte du double jeu.
PETITJEAN et la direction BERLIET Algérie auraient fait pression sur la direction de Berliet France
pour qu’elle renvoie ou rétrograde les cadres musulmans de la maîtrise. L’épilogue fut résumé par
une dépêche AFP du 23 mars 1962 : Elle annonçait que le directeur des établissements Berliet avait
fait connaître sa décision d’interrompre toute activité du groupe jusqu’à nouvel ordre : " ... Un
ingénieur de notre société M. PETITJEAN a été appréhendé aux fins d’interrogatoire dans nos
établissements le 27 février. Malgré nos protestations énergiques et réitérées auprès des
différentes autorités, il n’a pas été possible de connaître les raisons de son arrestation et le
lieu de sa détention. Nous apprenons aujourd’hui que son corps aurait été découvert, le 1er mars,
à CHARON dans la région d’Orleansville... ".

- Mr MESTRE, porte-parole de la Délégation Générale, aujourd’hui ancien ministre, déclara : "Il est possible que M. PETITJEAN ait été victime d’un règlement de comptes au sein de l’O.A.S."

- 2 Mars 1962, l’OAS pénètre dans les prisons d’Alger et d’Oran et "liquide" les prisonniers FLN.

- 5 Mars 1962, nuit "bleue" à Alger, 130 explosions de plastic.



- Le 7 mars 1962 Roger Frey donne l’ordre à Jean MORIN de mettre fin aux activités des "barbouzes" du MPC et de rapatrier discrètement en métropole les survivants. C’est donc la fin officielle des
"Barbouzes" . Le coût financier sera de l’ordre d’1 milliard et demi d’ancien francs, le bilan humain de 100 barbouzes tués (la moitié de l’effectif) et 200
cents morts ou disparus coté OAS. Les barbouzes tués seront ensevelis sans tambours ni trompettes aux cimetières de Sainteny et de Champigny au hasard des places disponibles. Il est probable que quelques éléments restèrent en Algérie après cette
date.

- 10 Mars 1962, Une camionnette piégée explose à Issy-les-Moulinaux, trois morts, nombreux blessés. Le gouvernement s’empresse de mettre cet attentat au compte de l’OAS qui dément et accuse les barbouzes gaullistes de provocation.
Trois individus sont arrêtés le 31 mars, mais immédiatement remis en liberté, le ministère de l’intérieur refusant de confirmer un fait connu de tous les journalistes qui faisaient les commissariats. Ces trois hommes ont ensuite disparu de toute procédure, et aucun suspect ne sera arrêté ni interrogé à ce sujet.

- Une auto piégée explosera aussi dans la cour du ministère des affaires étrangères, un mort et 33 blessés. L’O.A.S. est accusée par les médias mais à ce jour, on sait que c’est à la demande du premier ministre DEBRE que MELNIK a monté cette action avec ses hommes de main. Il le raconte en détail dans son livre "1000 jours à MATIGNON". Melnik dans son livre de souvenirs, revendique avoir fait sauter la voiture piégée du quai d’Orsay, mais ne dit rien de
la camionette d’ISSY les MOULINEAUX.

- Les tortures perpétrées par les barbouzes étaient psychologiques et surtout physiques. Coups, étranglements, électricité,
ongles arrachés, yeux crevés, brûlures, sont le lot d’horreurs quotidien qu’ont eut à subir les malheureux prisonniers.

- Les tortionnaires utilisèrent la "chaise électrique". Il s’agit d’un fauteuil où le dossier et le siège sont remplacés
par deux ressors à boudin et un treillis métallique. On déshabille le patient et on l’attache, bien calé sur le dossier. On branche ensuite le courant entre le siège et le dossier et à régler la tension : 110 volts, puis 220, si le sujet résiste, 500. Les ressorts du siège et du dossier rougissent et le malheureux rôtit lentement.

- Des fouilles entreprises dans les jardins des villas en 1968 ont permis de mettre à jour une trentaine de squelettes dont certains avaient le crâne percé.

- Avec le recul on peut dire que peut être les Barbouzes ont servies involontairement à disperser l’action de l’OAS sur des cibles secondaires.

- Les "barbouzes" survivants seront reclassés comme agents électoraux, gardes du corps, engagés au SDECE (ex : SIMONPIERI deviendra garde du corps de Mme LEMARCHAND, MARCANTONI, celui d’Alexandre SANGUINETTI, Christian DAVID espionnera les
groupes révolutionnaires sud-américains pour le compte du Sdece).


- 1963, L’enlèvement du colonel ARGOUD : Resté actif depuis l’échec du putsch d’Alger, le colonel ARGOUD, leader du CNR/OAS, contrarie les hautes instances du pouvoir. Il circule librement en EUROPE et ses "visites" sont suivies à la trace. ARGOUD s’évertue à contacter les officiers
mutés en Allemagne, dans le but de les recruter. La cause inspire des sympathies, certes, mais aucun engagement. Pierre Messmer, ministre des Armées, talonné par le général de Gaulle, serait assez favorable à une opération "élimination physique" d’ARGOUD. Il en a parlé au général FEUVRIER, chargé de la DSM.
Entre deux voyages, ARGOUD réside à Rome avec sa famille. Son dernier voyage est un rendez-vous à Hambourg, afin de rencontrer Alex Springer, un magnat de la presse allemande. Il profitera de ce déplacement pour voir Basil Liddel-Hart,
célèbre historien britannique.
A l’hotel, 2 hommes se présentent à ARGOUD avec une carte de la police allemenade et lui demandent de les suivre.
Hors de l’hôtel, les deux hommes poussent ARGOUD à l’arrière d’une Opel puis le coincent entre eux deux et démarrent.
ARGOUD réfléchit. "Si c’est des "barbouzes je n’en ai plus que pour quelques heures à vivre".
Il faut se décider rapidement. Il s’affale sur le type de gauche et donne des pieds par-dessus celui de droite. Erreur, la vitre résiste...Il se met alors à crier, attirant l’attention d’un groupe de pasteurs arrêtés sur le trottoir.
Ils ne réagissent pas. C’est la pleine époque du carnaval de Munich... Quelques coups de poing violemment assénés ramènent le calme, laissant quelques traces sur le visage d’ARGOUD. A titre de précautions on lui passe les menottes mais personne
ne songe à lui bander les yeux. Il identifiera plus tard l’un de ses ravisseurs comme étant BOUCHESEICHE, dans un journal relatant l’affaire Ben Barka .
Ils changent de voiture (la nouvelle appartient à l’armée de l’air). Boucheseiche dit : "Tu peux toujours gueuler, nous sommes dans une voiture militaire". Passage à Karlsruhe, puis arrivée au quartier de Lattre de Tassigny à Baden-Baden, prouvant l’implication d’un service de l’armée.
Changement de voiture et plein d’essence. Au cours d’un arrêt en route, ARGOUD prétexte un besoin naturel et parvint à se débarrasser d’un petit carnet d’adresses. Un peu plus tard, Boucheseiche, en le fouillant, lui pique son portefeuille. En riant, il lui dit : "Je le déposerai au greffe...". ARGOUD n’en reverra pas le contenu.
En banlieue parisienne, le colonel est transféré dans une fourgonnette, qui sera abandonnée à proximité de l’archevêché de Notre-Dame de Paris.

Ligoté sommairement, il verra arriver des gardiens de la paix et un fonctionnaire en civil, prévenus
par un coup de fil anonyme... Il était livré !
Amené au commissaire Bouvier, bien ennuyé, il voit ensuite M. Fernet, directeur de service, qui lui dit : "Vous allez à Fresnes, mais on s’en évade facilement...".
Un autre dispositif avait été prévu. Un avion attendait sur un parking de Lahr avec le colonel FLAMANT, quelques sous-officiers du 11ème Choc et une grande panière de transport. Jugé et condamné à "perpète" ARGOUD fit des rencontres intéressantes. Un aide-cuisinier à Fresnes lui dit : "Je ne vous connais pas, mais j’ai entendu parler de vous, au bar "Le Gavroche", en mars 1963. Dans un coin de la salle, il y avait plusieurs types qui sablaient le champagne, mais j’ai bien entendu plusieurs fois prononcer votre nom, mon colonel". Le patron du "Gavroche" était Jo ATTIA. Quelques années plus
tard, alors que "Jo" était décédé d’un cancer à la gorge, sa veuve se rendit chez ARGOUD, à Damey, pour lui affirmer que son mari, en prison, avait, à titre d’échanges de bons procédés, été chargé de prévoir du monde pour s’occuper d’ARGOUD... Et derrière Jo ATTIA il y avait Pierre LEMARCHAND .....


Suite à l’affaire BEN BARKA et à la "tuerie d’AURIOL" où une famille fut assassinée par des membres du SAC, une commission
d’enquête sur les activités du SAC fût crée par l’assemblée Nationale le 17 décembre 1981. Cette commission avait pour but
de faire toute la lumière sur les activité du Service d’Action Civique (SAC).Son rapport fut publié au journal officiel du
18 juin 1982. Les audiences apporteront peu d’éléments aux exceptions suivantes :


Audition de Lucien BITTERLIN



Lucien BITTERLIN : Je n’ai jamais eu de relations avec le SAC, à l’exception près que nous avons reçu à la fin de 1961
trois membres du SAC qui ont d’ailleurs été tués dans l’explosion d’une villa qui nous servait de PC le 29 janvier 1962.
Au début, Pierre LEMARCHAND nous envoyait des militants politiques adhérents à l’UNR ou au MPC, mais progressivement nous
avons dû faire appel à des jeunes gens qui n’avaient pas forcément des convictions politiques. J’ai toujours trouvé curieux
qu’on ait parlé du SAC à propos de la lutte anti-OAS, car je n’ai pas souvenir d’avoir vu beaucoup de ses membres avec nous.

Le Président : La faible participation du SAC à la lutte contre l’OAS s’explique-t-elle par le fait que son secrétaire
général, Mr DEBIZET, était partisan de l’Algérie française ?

Lucien BITTERLIN : Je ne sais pas s’il avait encore cette responsabilité à cette époque

Le Président : On a le sentiment que vous avez été lâchés par tout le monde et que vous ne pouviez compter, ni sur
l’armée, ni sur la police ... N’avez-vous pas eu un moment de flottement ?

Lucien BITTERLIN : ... Lâchés, nous ne l’étions ni par le délégué général Jean Morin, ni par deux hauts
fonctionnaires de son cabinet mais ils étaient complètement isolés. Ils ne pouvaient même pas
compter sur les CRS car ils nous ont demandé une fois au début de l’année 1962, de les protéger au Rocher Noir, ce que nous
avions fait avec 30 militants car nous avions eu connaissance d’un projet d’enlèvement du délégué général Jean MORIN...

... Il y en avait qui souhaitaient que nous fassions du bruit comme Dominique PONCHARDIER ... il s’est servi de nous à notre
insu. Il était en relations avec FREY et LEMARCHAND. L’autre tendance, celle de Jacques DAUER, de Raymond SCHMITTLEIN,
nous demandait de créer un climat politique non de nous battre. Cependant, par la force des choses, nous avons été amenés
à nous battre, à faire des contre plasticages. Sinon, il aurait fallu partir. Or, nous voulions aller jusqu’au bout de nos
idées, faire comprendre au FLN que le Gouvernement français voulait vraiment l’autodétermination et l’indépendance, ce dont
il n’était pas convaincu et aux Européens qu’ils devaient se désolidariser de l’OAS...
Un jour, nous avons vu arriver un groupe de judokas vietnamiens qui ne passait pas inaperçu ! A partir de là, il y a eu une
tension entre DAUER qui était partisan de notre départ et LEMARCHAND et PONCHARDIER d’autre part, qui souhaitaient notre
maintien sur place.... Au-delà il y a eu également tension au sein du Gouvernement, le ministre de l’Intérieur étant
favorable à notre action sur place, mais le Premier ministre y étant devenu hostile.
Nous servions d’abcès de fixation pour les commandos Degueldre.... Cette étiquette de barbouze m’est restée depuis collée à
ma peau et ma carrière politique s’est terminée en 1962. Aucun parti ne tient à compter dans ses rangs un ancien
responsable barbouze...

... J’ai quitté Alger en janvier 1962 et on m’a interdit d’y retourner ainsi qu’à LEMARCHAND et DAUER. Je n’y suis revenu
qu’après les Accords d’Evian. LEMARCHAND avait pu revenir avant, mais il n’était pas à la villa de la rue Fabre, le soir de
l’attentat du 29 janvier 1962.

Le Président : Un officier du SDECE a déclaré que Jean AUGE (délinquant notoire) avait travaillé avec le SDECE dans la
lutte contre le FLN el l’OAS. Il semble que des gens comme lui aient fait bénéficier de protections parce qu’ils avaient
accepté de faire des choses que la police ne voulait ou ne pouvait pas faire.

Lucien BITTERLIN : Je m’étonne d’entendre dire que le SDECE a participé à la lutte contre l’OAS ! Quant à AUGE, j’ai
entendu son nom pour la première fois lorsqu’un détenu, nommé SANTELLI, a déclaré que j’avais donné de l’argent à Roland
AUGE ; mais il s’est rétracté par la suite.

le Président : Qui faisait la liaison entre votre équipe et le cabinet de M. Roger Frey, ministre de l’Intérieur ?

Lucien BITTERLIN : La liaison était faite par Lemarchand et Ponchardier

Le Président : Lemarchand est un personnage étonnant. On le voit qui va, qui vient, qui entre, qui sort, qui revient,
qui ressort...

Lucien BITTERLIN : André Goulay avait demandé à Pierre LEMARCHAND d’être notre représentant à Paris....
Ponchardier a tiré son épingle du jeu, il a été nommé Ambassadeur .... Lemarchand, lui, voit son nom cité dans
tous les articles de presse.

Le Rapporteur : Qui a décidé de vous envoyer en Algérie mettre sur pied le MPC ?

Lucien BITTERLIN : Je suis allé à Alger pour une mission de trois semaines à la radio. Dauer qui m’a dit : "il faut rester
là-bas, voir ce qui se passe ". C’était deux mois après les Barricades ; les choses étaient devenues plus claires. Il y
avait eu en septembre le discours sur l’autodétermination. J’ai trouvé un emploi à la radio. J’ai compris qu’il fallait une
transformation totale menant l’Algérie vers l’indépendance. La violence ayant pris une grande importance, nous avons réussi
à convaincre Jean MORIN de nous donner des moyens pour développer une contre-offensive.

... l’administration était gangrenée. Lorsque Jean Morin a reçu une lettre de Michel Debré selon
laquelle un terme devait être mis aux activités du MPC, il l’a mise dans sa poche en disant qu’il
ne pouvait pas la laisser dans son bureau. Nous circulions sous de fausses identités, car nous
étions à la merci de nos adversaires. Un militant UNR de Champigny, venu identifier le corps de
son frère, après l’attentat du 29 janvier 1962, a signé un registre à la SNCF pour assurer le
retour du corps. Il a été assassiné peu après, alors qu’il n’avait jamais mis les pieds en Algérie
auparavant.

Le Rapporteur : Qui est coupable de l’explosion de la villa d’El Biar ?

Lucien BITTERLIN : Nous pensons que l’OAS avait repéré sur les docks le matériel d’imprimerie
qui y est resté trop longtemps. Vraisemblablement, des spécialistes de l’armée passés à l’OAS ont
remplacé les machines par des explosifs, mais je ne pense pas que la trahison soit venue du
gouvernement.

le Rapporteur : Pourquoi l’enterrement des huit victimes de l’attentat du 29 janvier s’est-il
déroulé en catimini ?

Lucien BITTERLIN : A Santeny on est tombé dans le fief d’un député Algérie française, Lefebvre d’ORMESSON.

Paulette NEVOUX : Savez-vous qui officiait à Santeny ?
Lucien BITTERLIN : Non, j’avais été mis à l’écart.
Paulette NEVOUX : C’était Mme Lemarchand. Pourquoi Madame Lemarchand ?
BITTERLIN : pour identifier les victimes.

François LONCLE : Le ministre de l’Intérieur, Mr Frey, était-il avec vous, avec l’OAS ou les deux ?
Lucien BITTERLIN : Sans équivoque possible, Mr Frey était contre l’OAS. Peut-être ses collaborateurs n’ont-ils pas toujours fait le maximum. Mr Frey a été loyal, je n’en dirais pas autant de tout le monde au Gouvernement.

le Président : Quand vous laissez entendre que tout le monde n’avait pas été loyal au Gouvernement, faisiez-vous allusion
à GISCARD d’ESTAING ou à PONIATOWSKI, qui auraient été à l’origine de certaines fuites ?

Lucien BITTERLIN : Je n’ai jamais pu vérifier. Il est évident qu’il y a eu des fuites.... Je raconte dans mon livre que l’OAS savait immédiatement quand quelqu’un était mis sur écoute, il y avait des complicités extraordinaires.

le Président : Pourquoi cette période difficile et troublée est-elle tombée dans l’oubli ? Votre ouvrage est à peu près le
seul qui traite de la lutte contre l’OAS.

Lucien BITTERLIN : En effet J’ai d’ailleurs eu du mal à trouver un éditeur. Maintenant il a
disparu et personne ne veut faire rééditer mon livre. Il ne faut pas revenir là-dessus, semble-t-il
Le problème de l’Algérie a entraîné des divisions et des déceptions parmi les gaullistes, cela
mériterait une très longue analyse.

le Président : On vous a donc utilisé quand vous serviez à quelque chose ?

Lucien BITTERLIN : C’est de bonne guerre. J’aurais seulement préféré que l’on nous traîne moins
dans la boue et qu’on nous accorde un peu plus de considération. Le reste n’a pas d’importance.


Audition de M. Pierre LEMARCHAND.



Pierre LEMARCHAND : Il y a bien des ministres qui ont participé à des attentats contre le Général de Gaulle. L’un d’eux est même devenu Président de la République.

Le Président : La police officielle était si peu sûre que cela ?

Pierre LEMARCHAND : Oui, Absolument. En Algérie tous les policiers étaient OAS. C’est pourquoi
il a fallu en faire venir de la métropole. Personne ne voulait prendre la tête de la mission et
il a fallu que ce soit le directeur général de la PJ lui-même, M. Michel HACQ, qui aille à Alger.

Alain VIVIEN : Est-il vrai que parmi ceux qui ont combattu à EI Biar il y avait Jim AL CHEICK, un voyou notoire ?

Pierre LEMARCHAND : Oui . C’était un cas spécial....

Le Président : Pour l’enlèvement d’ARGOUD, on a parlé de Jo ATTIA.

Pierre LEMARCHAND : ... ARGOUD a été enlevé par des gendarmes.

le Président : Comment le savez-vous ?

Pierre LEMARCHAND : Parce qu’on me l’a dit (sourires). C’est tout simple : Georges Bidault était tombé amoureux fou d’une
très belle allemande qui était manipulée par nous, Par elle, nous apprenons qu’une série d’attentats contre le général
de Gaulle était en préparation et qu’ils finiraient bien un jour, par réussir. Nous en sommes émus, nous en parlons au
général qui ne veut rien savoir. Mais quelqu’un, qui d’ailleurs est devenu ministre et dont je tairai le nom parce que
c’est trop frais, suggère d’enlever Argoud, car c’était le seul dirigeant de l’OAS qui n’était pas un farfelu. Argoud, je
l’ai connu en Algérie en 1956, C’est un vrai fasciste, le seul type dangereux qu’il y ait eu en France ces dernières années.
Simple sergent à L’ARBA, on avait réussi, sans exaction, à réduire de moitié le nombre des attentats. Argoud nous succède.
Les attentats reprennent. Pour les faire cesser, il prend au hasard une vingtaine de jeunes Arabes, les fait exécuter et
les expose en plein soleil sur la place principale pendant huit jours. C’est cela ARGOUD. Il ne faut pas rêver. C’est un
danger public. Nous décidons donc d’enlever ARGOUD car, si on l’avait tué, le général n’aurait pas pardonné. L’enlèvement
a d’ailleurs eu lieu avec l’assentiment des autorités allemandes et, je le répète, il a été arrêté par des gendarmes et
ramené dans une estafette de la gendarmerie. Sinon comment expliquerait-on qu’il ait pu facilement passer la frontière ?

Pierre LEMARCHAND : Jean MORIN était muré au Rocher noir, sous la garde de harkis et non de soldats français parce
qu’ils se méfiaient de ses fonctionnaires.

Le Rapporteur : Et l’exécution de l’ingénieur PETITJEAN, vous en avez entendu parler ?

M. Pierre BOURGUIGNON : Il a été enlevé à Alger et la voiture, après son exécution par les barbouzes, a été retrouvée.
Son numéro avait été relevé. Elle était utilisée par des gens du Rocher noir.

M. Pierre LEMARCHAND : Ce n’est pas possible.

François LONCLE : Selon vous, M. Marcellin faisait du zèle au profit du Général ou il travaillait déjà pour Giscard
d’Estaing ?

Pierre LEMARCHAND : Il travaillait pour Giscard d’Estaing. A l’époque PONIATOWSKI était dans l’ombre.
Pour moi, PONIA était l’un des maîtres de l’OAS. Je hais ces gens-là, qui d’ailleurs me l’ont bien rendu. Savez-vous que
j’ai été l’objet de trois contrôles fiscaux pendant le septennat de Giscard ? Bien entendu, je ne dis tout cela que parce
que la commission est tenue au secret.

le Président : Vous aviez été radié à vie par le conseil de l’ordre ?

Pierre LEMARCHAND : Il y avait dans ce Conseil, TIXIER-VIGNACOUR, sa collaboratrice Mme BOUCHER, les bâtonniers POIGNARD,qui a défendu Zeller, et TOULOUSE, qui a défendu CHALLE.

le Président : Que pensez-vous finalement du SAC ? Selon vous, à quoi a-t-il servi ?

Pierre LEMARCHAND : Je pense qu’il n’a servi à rien. Je suis persuadé que la légende du SAC
s’est créée par la faute de certains officiers de police qui ont protégé des hommes qui avaient
adhéré à cette association pour faire des bêtises, dans le but d’avancer plus vite dans leur
carrière.

... Le SDECE était beaucoup plus OAS que gaulliste. Il est pratiquement établi que nos 39 ou 40 tués l’ont été par ce
service. On a même établi pratiquement le nom de l’officier responsable.
On a également eu la preuve formelle qu’un ministre donnait des renseignements sur les
déplacements du général de Gaulle. On pense même que le premier attentat qui fut commis contre lui
a été rendu possible par ces indiscrétions. Averti de ce fait par M. Frey, le Général a dit à propose de GISCARD D’ESTAING :
"C’est un bon comptable, on le garde. Pour les choses sérieuses, on en parle entre nous." Le
Général était parfois un homme curieux. Vous savez, il aimait même les communistes ! (Rires).


Audition de M. Jacques DELARUE.
Ancien Commissaire à la Direction centrale de la police judiciaire, historien.


le Président : Vous avez participé à la lutte anti-OAS.

Jacques DELARUE : ... J’ai raconté dans mon livre comment nous avions eu la preuve absolue que quelqu’un, à
l’Elysée, renseignait très précisément l’O.A.S : sur les déplacements du Général. Il y a même eu
plusieurs personnes successivement ; à un moment donné, c’était un gendarme. Je n’en sais pas plus ;
ce n’était pas quelqu’un d’important, mais il était placé à un point stratégique. De même, chez
nous, nous étions sûrs que certains de nos collègues trahissaient.

... j’ai raconté mon histoire à Douai, dans laquelle, Philippe de Massey nous a filé sous le
nez, transporté en Suisse par le SDECE, qui lui a trouvé un emploi chez le marchand d’armes bien
connu Burley-Oerlikon. ARGOUD raconte aussi comment il a été transporté plusieurs fois par les
avions spéciaux du SDECE. Il donne le nom des officiers, le général LORILLOT par exemple.

le Président : Avez-vous entendu parler de LEMARCHAND ?

Jacques DELARUE : C’est un peu grâce à lui qu’on a identifié les corps trouvés dans la villa
Radjah ; c’est lui qui avait fait les contrats d’engagement. Sa femme est venue au cimetière et a
permis d’identifier les corps.

le Président : Comment se fait-il que, participant à la lutte contre l’O.A.S., vous n’ayez pas
eu plus d’éléments d’information sur ce sujet ?

Jacques DELARUE : Nous nous intéressons essentiellement aux très grands personnages. Par
exemple, c’est dans notre service qu’a été préparée l’arrestation de Salan et l’on a réussi à
empêcher toute une série d’attentats. Mais nous n’avons eu à aucun moment à traiter avec des gens
du SAC.

Jacques DELARUE : ... Un bateau avait même été coulé dans le port et les Allemands étaient furieux. Il y avait là une
prétendue intervention de "la Main rouge". En fait, il s’agissait d’une action du SDECE qui liquidait des trafiquants
d’armes. Les Allemands ont compris et l’affaire en est restée là.... mais d’autres affaires ont mal tourné : ainsi à
Hambourg, ils ont raté un trafiquant d’armes, et ont tué la mère ; puis, lors d’une seconde tentative, ils ont tué la secrétaire....

M. le Rapporteur : Peut-on accorder à ARGOUD quelque crédit dans son livre ?

M. Jacques DELARUE : Sur ce point, oui. Mon grand regret a toujours été de n’avoir pas pu l’arrêter,
étant donné qu’il évitait d’entrer en France. Argoud n’hésite pas à raconter en détail ses exploits en Algérie, les
exécutions sur la place publique devant tout le village rassemblé. Mais il est honnête. De la même façon, il parle de
l’aide qu’il recevait du SDECE. Pas seulement aide de sympathie, mais en faux papiers, en avions de transport. A la PJ,
nous avions d’ailleurs à l’époque un grand patron, Michel Hacq, qui a pris l’initiative de faire perquisitionner au SDECE,
après avoir retenu trois jours en garde à vue le copain de de Massey qui l’avait fait partir en Suisse. Nous voulions bien
marquer que le SDECE ne jouissait pas du privilège d’exterritorialité. Le général GROSSIN s’était mis en grand uniforme
pour assister à cette perquisition. Cela dit, il y avait certainement aussi au SDECE des gens opposés à l’O.A.S.