YOUSSOUF

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Yousouf a vraiment existé, l’ouvrage est un roman historique. Le général Yousouf est un personnage mythique. Dès l’enfance, il mène une vie hors du commun : il grandit dans l’entourage de Napoléon Ier sur l’île d’Elbe jusqu’en 1815 où il est capturé par des pirates, pour finir vendu, comme esclave, au bey de Tunis.

Son destin change lorsqu’il rejoint l’armée française qui s’apprête à envahir l’Algérie, et qu’il participe à la prise d’Alger et à la conquête du pays.

Yousouf trouve un adversaire à sa mesure en la personne d’Abd el-Kader, le Commandeur des croyants qui prêche
le djihad contre les Roumis. Pendant quatorze ans, Yousouf n’aura qu’une obsession : éliminer l’émir. Il mène en
parallèle ses aventures amoureuses, avec la même fougue qu’il mène ses aventures

Il finira général couvert d’honneurs sous Napoléon III. Georges Fleury fait revivre Yousouf dans cette fresque haute en couleurs, peuplée d’amours, de trahisons et de fêtes galantes. Le récit d’une vie trépidante où transparaissent les contradictions d’un homme, ni musulman ni chrétien, dont le destin épouse celui de l’Algérie.

En dépit de son prénom musulman, Yousouf est un enfant de l’île d’Elbe, né au début du XIXe siècle. Sa
vivacité a séduit Pauline, la sœur de Napoléon qui le prend à ses côtés. L’empereur exilé s’intéresse à lui
et se propose de financer ses études à Paris, projet auquel les pirates barbaresques mettent un terme brutal
en s’emparant du bateau sur lequel voyageait le jeune Giuseppe. Capturé, il est vendu comme esclave au bey de
Tunis, et devient Yousouf, sans pour autant être contraint de se convertir à l’Islam. Là encore, sa vive
intelligence et son charme font effet, il connaît une enfance protégée, ami du fils du bey, et devient
commandant de mamelouks. L’histoire commence en quelque sorte ici : le lecteur suit pendant 418 pages la vie
mouvementée du personnage.

Les premières pages sont celles de la mort du héros, en terre française, veillé par son épouse. Le récit se
poursuit au rythme rapide de la difficile conquête de l’Algérie. Deux sujets s’entremêlent. Les aventures
personnelles de Yousouf, les trois femmes de sa vie (Kabira la musulmane, Ruth la juive et Catherine la
française), ses chevaux étalons arabes fougueux et intelligents, ses amis, tout ceci constitue le réseau
solide sur lequel Yousouf construit une carrière militaire brillante. A la suite d’une histoire amoureuse
imprudente, il s’enfuit de Tunis et, par l’intermédiaire de son ami Ferdinand de Lesseps, est présenté au
général de Bourmont, commandant en chef de l’expédition envoyée par Charles X à Alger, et dont le but est de
mettre un terme définitif à la piraterie barbaresque.

Le véritable sujet du livre est, à travers le destin étonnant du héros, la conquête de l’Algérie, de la prise
d’Alger le 4 juillet 1830 jusqu’au milieu du siècle. Georges Fleury nous présente une terre divisée sous les
derniers jours de la domination turque ; le pouvoir est détenu par les chefs de tribus locaux, sous l’autorité
des bey d’Oran, de Constantine et d’Alger. De ces espaces fragmentés et rivaux les Français feront un pays
qui deviendra plus tard une nation. En 1839, dans les documents officiels, le terme de Régence jusque-là
employé, est remplacé par un néologisme : l’Algérie.

C’est l’armée française qui est à l’origine de cette construction. Georges Fleury présente l’armée royaliste
de Charles X désarçonnée par l’annonce de la révolution parisienne (les trois glorieuses, juillet 1830) qui
suit de si près la conquête et la prive des honneurs attendus. L’armée de la Monarchie de juillet (1830-1848)
assume plus difficilement la tâche de la « pacification » qui sera achevée sous le Second empire. Pacification
dont Yousouf est l’un des artisans efficaces, plaçant son expérience acquise à Tunis, au service de la France,
dont il se sent fils de cœur. Vu comme musulman par les Français mais aussi par les Arabes, critiqué pour
ses méthodes violentes (razzias, têtes coupées des ennemis exhibées...), il prêche aussi pour la palabre, la
persuasion, la nécessité de rallier les élites. Sa double culture, dont il joue constamment, le sert dans ses
initiatives. Enrôlé comme interprète, il est l’un des fondateurs des troupes indigènes, les zouaves, embryon
de l’armée d’Afrique, qui s’illustreront ensuite sur de nombreux terrains dont la guerre de Crimée en 1854, à
laquelle participe Yousouf. En Algérie, ses méthodes brutales sont vivement critiquées par les journaux
parisiens, mais le soutien des dirigeants militaires qui se succèdent rapidement à Alger, lui reste acquis.
Il est nommé à des postes de responsabilité. La grande affaire de sa vie est la lutte contre Abd el Kader
dans laquelle s’illustre le duc d’Aumale, fils du roi Louis Philippe. Deux hommes, mais également deux
lectures du destin algérien s’affrontent.

Dans ce récit haut en couleurs, l’auteur fait volontiers la part belle à l’exotisme, et montre comment son
héros a su l’utiliser pour parvenir à ses fins : succès personnels - tant militaires qu’amoureux -, mais
aussi l’invention d’un pays, l’ambition d’une plus grande France, un souci de civilisation. Tout au long des
pages, ressort l’amour pour une terre que Georges Fleury connaît bien et que, comme son héros, il aime.
Certes Yousouf a existé et sa vie donne à rêver, mais Georges Fleury ne boude pas son plaisir à décrire les
aventures de son personnage : il y a du d’Artagnan, dans ce Yousouf-là.

Le lecteur ne boudera pas non plus son plaisir à chevaucher entre bleds algériens et salons parisiens, en
découvrant quelques pages oubliées de la rencontre entre Algérie et France, qui peuvent aussi - et c’est sans
aucun doute l’intention de l’auteur - éclairer l’histoire tragique du XXe siècle.

Article de Marie-Paule Caire

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