LA CORNICHE ORANAISE (Côte Ouest)

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LA CORNICHE ORANAISE (Côte Ouest)

Au tout début des années 1950, la voiture particulière était un luxe à Oran. Aussi, dès l’arrivée des beaux jours, tous les dimanches, la rue El Moungar , entre le Lycée Lamoricière et le jardin du Petit Vichy, connaissait une affluence inhabituelle devant le terminus des cars de la SOTAC (Société Oranaise des Transports Automobiles de la Corniche) : les Oranais partaient "passer la journée à la corniche".
Après avoir parfois joué des coudes, ils montaient dans des cars qui, une fois bondés, prenaient la route des plages.

Après la Rampe Valès qui descendait à la Marine et longeait le port, le véhicule prenait la route de Mers-el-Kébir, passait devant le Fort Lamoune, puis c’était Monte-Christo et ses villas – et, avant les travaux de la base, les Bains de la Reine, établissement thermal dont les eaux étaient efficaces contre les rhumatismes en particulier : on les appelait ainsi car Jeanne la Folle, fille d’Isabelle la Catholique, s’y rendait régulièrement ; non loin se trouvait la grotte de l’Aïdour fermée au public après la seconde guerre mondiale. –

Monte-Christo Les Bains de la Reine

Le car s’engageait alors dans un tunnel sombre qui paraissait interminable, avant d’arriver aux villas littorales de Sainte-Clotilde. Il traversait le hameau de Saint-Jérôme et atteignait Roseville avec les propriétés d’agrément de nombreux Oranais. L’été, l’animation y était grande et la plage grouillait de baigneurs.

Le Tunnel

La route se poursuivait vers le village de pêcheurs de Saint-André et le port de Mers-el-Kébir dont le nom restera toujours attaché au drame qui s’y déroula le 3 juillet 1940, où la marine britannique coula une escadre de la flotte française, et qui se solda par 1297 morts. En 1951, des travaux furent entrepris pour transformer Mers-el-Kébir en base stratégique anti-atomique. Au sortir du village, le car s’engageait, poussif, sur la route en lacets, - le fameux "escargot" - qui passait devant l’imposant fort espagnol d’où l’on découvrait un magnifique panorama sur la baie et la ville d’Oran. Ce fort connut dès 1958, des heures de gloire avec les représentations théâtrales de "La Dévotion à la Croix" de Calderon, traduite et adaptée par Albert Camus, des "Perses" d’Eschyle, de "L’Espagnol courageux" de Cervantès, des "Don Juan" de Molière et de Mozart. C’est dans ce fort que fut aussi donné en juin 1959 un Son et Lumière réalisé par le spécialiste du genre, Paul-Robert Houdin.

Le Fort de Kébir et la baie d’Oran Le Rocher de la Vieille

Après avoir laissé sur la droite le célèbre Rocher de la Vieille surplombant la mer, la route descendait en pente douce vers une succession de petites stations balnéaires aux noms évocateurs : Saint-Roch, Deauville, Trouville , Bouisseville avec sa colonie de vacances de La Colombière, son cinéma de plein air, le "Neptune", son casino, Paradis-Plage où musique et mer mêlaient leurs mélodies. Passées les plages d’Albert-Plage, Clairefontaine et Saint-Germain, le car arrivait à Aïn-el-Turck, terme de la première partie de son parcours.
Située à une quinzaine de kilomètres d’Oran, la petite commune de plein exercice de 1864 s’était développée rapidement et connaissait une grande animation pendant la période estivale. Sa population d’environ 2500 habitants en 1962 dépasse aujourd’hui 35 000 habitants ! Le car poursuivait, après Eden Roc vers Cap Falcon, traversant le hameau de La Bretonne.

De Saint Roch à Cap Falcon Aïn-el-Turck aujourd’hui

Fièrement dominé par son phare, l’un des plus puissants de Méditerranée, le Cap Falcon était l’une des grandes attractions de la corniche avec son petit port de pêche, ses cabanons et ses dunes. A partir de là, la côte s’orientait Nord-Est – Sud-Ouest. On rejoignait le Pain de Sucre. Au large on distinguait l’île Plane, apparemment inoffensive, mais où se déroula un drame le 15 décembre 1865 : le paquebot Borysthène y fit naufrage : on compta 56 victimes. On arrivait ensuite à la Pointe de Coralès et à la plage des Coralettes très fréquentée. Après la Madrague et Bomo-Plage ainsi nommée en raison d’un panneau publicitaire situé au bord de la route à son niveau, on découvrait les cabanons de Bou-Sfer Plage et au loin les îles Habibas. Au-delà s’étendait la plaine des Andalouses avec ses grandes plages dont celle des Corailleurs et à l’arrière le village d’El Ançor, "dernier jalon avec Bou-Sfer de la mise en valeur européenne avant les solitudes du Cap Lindlès et du Cap Blanc" (J. Gandini). Depuis, au sud-ouest du Cap Blanc, une petite plage, encore désertée à l’époque française, est mise en valeur et connaît une fréquentation non négligeable en été, : il s’agit de Madagh au cadre idyllique, entourée d’une forêt sauvage où coule un petit ruisseau qui sert de séparation aux actuelles wilayas d’Oran et d’Aïn-Temouchent.

Plage des Andalouses Madagh

C’était cela, la Corniche oranaise. Vers la fin des année 50 et le début des années 60, la voiture s’était démocratisée et il n’était pas rare le dimanche soir après 18 heures de rencontrer des embouteillages monstres à partir d’Aïn-el-Turck jusqu’à Oran. Malgré l’énervement, les Oranais rentraient contents de leur journée et prêts à repartir le dimanche suivant.

Documentation :

Guide d’Oran 1949-1950 (Robert Tinthoin)

Oran de ma jeunesse (Jacques Gandini)

JP FERNON