HOMMAGE AUX SOLDATS FRANCAIS

, par  Lucienne PONS , popularité : 14%

HOMMAGE AUX SOLDATS FRANCAIS

Le Mercredi 3 Avril 1957, vingt six jeunes militaires Français tombaient au combat dans le Djebel Driss, à Sidi Driss à une quarantaine de kilomètres de Philippeville dans le Constantinois.

Le 6 Avril, venant de tous les environs, une population consternée
vient par petit groupe, rendre hommage à ces jeunes gens et se recueillir près des cercueils drapés de tricolore dans le grand
hall d’honneur de l’hôpital militaire transformé en chapelle ardente.

Le lendemain Lundi 7 Avril à 7 heures du matin , à Robertville, en présence des autorités militaires et administratives de la région et du village a lieu la levée des corps, puis les cercueils, trois par trois, sont déposés à bord des véhicules militaires et conduits au cimetière où doivent avoir lieu les cérémonies religieuses et l’Adieu de l’Armée.

Plus d’un millier de personnes se sont réunies spontanément à l’intérieur du cimetière, assistant avec émotion aux préparatifs funèbres. Devant la Statue de la Victoire, les cercueils sont alignés par rangée de six, chacun recouvert du drapeau tricolore et d’une couronne de fleurs tricolore, en reconnaissance du 35° R.I.

Au-dessus des cercueils est déployé le fanion de leur section, leurs fusils sont assemblés en faisceau au pied de la statue de la Victoire.

On entend avec émotion des pleurs et des sanglots.

Puis arrivent les délagations des unités militaires de la région et de la garnison, Parachutistes, Légion Etrangère, Tringlots, Artilleurs, Marine, Aviateurs.

Les Présidents des Associations patriotiques, des Officiers et Sous-officiers de réserve, les Dames de la Croix-Rouge et leur Présidente, tous sont présents.

Une section du 35°R.I encadre les cercueils, Le Lieutenant-Colonel Rocquin s’avance escorté de deux sous-officiers portant une grande couronne de fleurs tricolore ; au pieds des cercueils sont déposés et s’amoncellent des gerbes de fleurs, hommage officiel ou anonyme d’une ville qui partage le deuil de l’Armée et des familles.

Le Général Labarthe, commandant les troupes du Nord Constantinois, arrive à 8 h. 30. Sont à ses côtés, le Colonel Langlois, commandant les secteurs de Philippeville, Le Colonel Le Morillon, le Sous-Préfet Nicoulaud et plusieurs personnalités importantes.

Les autorités prennent place au premier rang de l’assistance.

C’est alors le moment où l’Aumonier Militaire, entouré du curé Nicolas, Chanoine honoraire, du Révérend Père Brelet et des membres du Clergé des paroisses Sainte-Thérèse et Saint Coeur de Marie, célèbre la Messe et donne l’absoute, toute l’assistance recueillie prie en silence pendant toute la cérémonie religieuse et des larmes coulent lentement sur les joues.

Les chants liturgiques s’élèvent,puis c’est le chant émouvant de l’Au Revoir,et ensuite les prières chantées par la foule fervente.

Avant les Adieux Eternels, le clergé procède à la bénédiction des cercueils.

C’est alors le moment solennel ou l’Adieu émouvant du Chef de bataillon MAILLOT à ses soldats s’élève, prononcé d’une voix ardente :

"Devant ces cercueils alignés, je ne sache pas qu’il y ait pour un Chef, un devoir plus pénible, plus douloureux, que celui de dire un dernier mot, un ADIEU à ses soldats.

"MES GARS, LES LIMITES DE LA FRANCHE-COMTE, DE LA BOURGOGNE, DE LA BRETAGNE, DONT VOUS ETES ORIGINAIRES, SE SONT DILATEES"

"Ce sont vos parents, c’est le 35°R.I, c’est l’Armée, c’est l’Algérie Française, c’est la France, qui ressentent ce deuil.

"Au moment où dans le monde on s’interroge, où en France le doute frappe les esprits, vous avez répondu à toutes les questions.

"Dans le monde entier des hommes récriminent, réclament principes et droits, prétendent nous donner des leçons de morale et d’humanité. Vous leur opposez une réponse muette et sublime.

"L’OUBLI DE SOI POUR AUTRUI : LA PLUS GRANDE HUMANITE"

"L’OUBLI DE SOI POUR UNE CAUSE : L’ABNEGATION LA PLUS TOTALE"

"Votre grandeur réside dans le don de votre vie. Et je pense à tel d’entre vous qui, blessé plusieurs fois, s’est élancé sus à des fanatiques en criant "JE MEURS AVEC MES AMIS POUR LA FRANCE"

"Vos corps sont là, témoins de la France, grande et généreuse, de la France qui, face aux calomniateurs, au milieu des vicissitudes, des tempêtes, des circonstances difficiles, comptera toujours des héros
dans les soldats qui sont ses fils.

"Seule la douleur de vos parents de vos familles peut montrer combien votre mort, votre sacrifice sont grands.

"A ces familles éplorées, vers lesquelles va toute mon affectueuse symphatie en ce moment, à vous tous chers amis, laissez-moi dire que l’unité de la France s’est faite dans les sacrifices, les sacrifices muets, sans témoins importants, au milieu des montagnes, dans la tempête.

"Vous, SOCQUET, MARLIN, HENRIOT, BOLOT, CHAUVIN, JUILLET, GUILLAUME, CHELLEY, DEBRIAZY qui avant votre service donniez le pain à la France,

"Vous, CORNEVAUX, FARGIER, BEAUMIER, KWILOSZ, LANNAY, de FILIPI, WAGNER, HIZYK, DRILLOT, BOISSON, BLAY, HUMBERT, PILLOT, GILLET, DIEUMEGARDE, qui à l’atelier, sur vos chantiers, dans vos tâches multiples, prépariez une France plus belle, plus forte,

"Vous, REY et de KERROS, qui avez oeuvré pour représenter notre pays partout où vous allez,

"VOUS AVEZ TOUS UNANIMEMENT, DONNE LA PREUVE, au monde qui nous regarde, QUE LE SOLDAT EN TERRE FRANCAISE D’AFRIQUE DU NORD, A CONSCIENCE DE RESTER FIDELE AU PRINCIPE ENONCE AU FRONTISPICE DE NOTRE PAYS.

"Au nom du Bataillon, je vous adresse un dernier hommage, un dernier ADIEU, et souhaite de tout mon coeur que le sacrifice de vos vies ne soit pas vain pour le destin de notre patrie"

Tout est dit dans cet Adieu magnifique du Chef à ses soldats : il montre bien à quel point ces jeunes militaires Français de France, avaient conscience en défendant l’Algérie Française de défendre la FRANCE. Le dernier cri d’honneur du jeune soldat s’élançant vers l’ennemi "JE MEURS AVEC MES AMIS POUR LA FRANCE"le couvre de gloire.

Pleurons à la mémoire de tous les jeunes soldats Français de France, qui au côté des nôtres, soldats Francais d’Algérie et Harkis, sont tombés au combat. Que nos mémoires les honore, prions régulièrement pour eux, pensons avec affection à leurs famille dont la souffrance est associée à la nôtre.