A LA PORTE DE L’OUED

, par  mansion , popularité : 6%

Françoise Mesquida nous entraîne sur les pas d’une petite fille d’Alger, nous faisant partager ses souvenirs d’enfance entremêlés de rires et d’insouciance. avec, en toile de fond, l’inquiétude face aux attentats... jusqu’à l’effroyable journée qui les a elle et ses sœurs,
privées de leur mère.

"Ils vous l’ont tuée a dit papa. ils ont tué votre maman. " La douleur est toute puissante.
Comment échapper à l’horreur ? Se réveiller du cauchemar ?... Cette vie brisée sous elle...des
hommes nous l’avaient tuée sans nous laisser le temps de lui dire au revoir : Lui dire que nous l’aimions."

A la douleur s’ajouta le déchirement de l’abandon d’un pays tant aimé et le chagrin d’un accueil
hostile en France.

Françoise MESQUIDA quitte définitivement son pays après la tragédie du 26 mars 1962 à Alger durant laquelle l’armée française a ouvert le feu sur des manifestants français sans armes. Tragédie ignorée par l’histoire de France
nce à ce jour.

Elle écrit là son premier récit autobiographique.

EXTRAIT DE L’OUVRAGE

"Ce lundi 26 mars aurait pu être un lundi comme les autres. Mieux encore : à cause des bombes, des
enlèvements, des massacres, de cette guerre en somme ou de la grève - je ne sais plus - l’école
était fermée. La veille au soir, je ne m’étais pas couchée avec le cafard provoqué par la perspective d’une longue et horrible semaine d’école à attaquer, dès le lendemain. La guerre m’offrait un sursis. Je l’en remerciais presque. Elle détournait l’attention paternelle de ma
scolarité. Oui, je me croyais en vacances et presque libre, quasi enfermée dans notre appartement,
dans ce pays en guerre...

...Ce matin-là, en place de courrier, il y avait un tract dans la boite aux lettres. Signé de l’OAS,
il demandait à tous les pieds-noirs de venir, sans armes, sans cris, drapeaux en tête, porter soutien aux habitants de Bab-el-Oued qui, privés d’eau et de vivres, étaient prisonniers des forces de l’ordre... Des bruits couraient sur ce tract pressenti comme un piège des parties
adverses... Papa et maman hésitaient. Quand l’un disait oui, l’autre disait non. ...Mes sœurs et moi espérions secrètement qu’ils y aillent. Un peu moins de tension, à cause de cette guerre, un peu plus d’espace et de liberté en leur absence. Enfin, ils tombèrent d’accord.

Je les regardais se préparer tout en craignant qu’ils ne se ravisent. Toujours possible avec les parents ! J’observais mine de rien, pour ne pas trahir ce désir coupable de les voir partir.

Papa venait de prendre la meilleure décision possible, pour moi. J’échappais de justesse à la dictée d’un texte rempli de pièges et dans lesquels, à coup sûr, je serais tombée. Il aurait enchaîné sur un problème de trains, d’horaires et de rencontre à me faire dérailler. Et pour
m’achever, il aurait dérivé sur l’histoire du robinet qui goutte jusqu’à débordement, à cause de
mon inattention.

Elle, maman, partait avec lui. C’était ensemble ou rien. Alors, sans aucune alternative... ! Je l’observais se préparer. Déjà coiffée, habillée tout de blanc, elle était allée dépendre un vêtement accroché sur le fil à linge du balcon. Elle prit son sac noir, il mit sa veste, et ils
sortirent. Je ne sais plus s’ils nous ont dit au revoir en partant...

françoise.mesquida@wanadoo.fr